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 « Qu’entendre par "grammaire traditionnelle"? » Jean-Claude Chevalier

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newstyle1236



Messages : 12
Date d'inscription : 24/11/2009

MessageSujet: « Qu’entendre par "grammaire traditionnelle"? » Jean-Claude Chevalier   Sam 27 Fév - 14:26

Les grammairiens générativistes parlent souvent avec dédain de la
«grammaire traditionnelle» en indiquant rarement ce qu'ils entendent par
là. Ces quelques remarques sont destinées à apporter des éléments de
réflexion pour comprendre comment la grammaire des derniers siècles a pu
s'offrir ainsi à un étiquetage infamant.
Le premier point à souligner est que, jusqu'à une date récente, la grammaire
des langues est le plus généralement inscrite dans un projet pédagogique
qui la conditionne. Les grammaires scolaires françaises ont reçu une
marque décisive à la fin du XVIIIème siècle quand les révolutionnaires ont
construit de toutes pièces un système pédagogique — très remarquable —
dont le pivot étaient les Écoles centrales auxquelles succéderont les Lycées
impériaux. Les Pères fondateurs sont des Idéologues dont le plus intéressé
est Destutt de Tracy; ils sont disciples de Condillac. Leur objectif : instituer
un citoyen libre et responsable, épris de raison. Au centre du programme,
l'étude de la langue, conçue à la fois comme un outil de communication et
comme un instrument d'analyse pour toutes les sciences. Ce que marque
Silvestre de Saci, le grand orientaliste, dans l'adresse à son fils mise en tête
des Principes de grammaire générale :
«Si tu saisis ces principes, si, à leur lumière, tu apprends à connaître le
rapport qui doit se trouver entre les éléments du discours, pour rendre
fidèlement la liaison des idées qui concourent à former le jugement de notre
esprit, la diversité des moyens que les langues emploient pour parvenir à ce
but n'aura pour toi rien de pénible et de rebutant. Tu t'accoutumeras ainsi
à rapporter à des principes généraux bien conçus, les diverses branches de
chacune des connaissances que tu devras acquérir par la suite, et tu
contracteras l'heureuse habitude de lier tes idées, de les combiner, de
ramener les conséquences aux principes, les effets aux causes, et de juger
ainsi solidement tes propres opinions et celles des hommes avec lesquelles tu
auras à vivre.»1
1. Saci [1815], «À mon fils».
290 JEAN-CLAUDE CHEVALIER
C'est dire que la grammaire joue en même temps un rôle de formation
de la personnalité et un rôle dans la formation scientifique; l'analyse de la
langue conduit l'individu à construire une société rationalisée; c'est la
théorie de Port-Royal telle que l'infléchit Dumarsais au début du XVIIIème
siècle : «L'unique objet des méthodes, c'est de présenter les principes et les
règles dans un ordre qui les lie dans l'esprit, avec plus de suite, de justesse et
de facilité. Comment pourrait-il se faire que ces avantages fussent un
obstacle à la science?»2
Les grammaires scolaires rédigées pour les élèves des Écoles centrales,
puis pour ceux des Lycées tentent donc d'adapter les principes issus de la
grammaire générale pour en faire un instrument de formation de la pensée
et du discours social. J'énumérerai ici sommairement quelques éléments de
ce jeu conceptuel.
1. Le principe de base est de distinguer la Syntaxe «partie de la grammaire
qui donne la connaissance des signes établis dans la langue pour exciter un
sens dans l'esprit» de la Construction qui est définie par «l'idée de
combinaison et d'arrangement»3 . La Syntaxe tend à être prise comme un
système universel, la Construction comme un système particulier à chaque
langue. La première se définit à l'aide des concepts de la logique (idée,
proposition, etc.), la seconde par des éléments grammaticaux propres à
chaque langue (ordre des mots, accord entre les formes, etc.).
2. L'application de la Syntaxe sur la Construction conduit à y distinguer
trois niveaux :
a. une construction «nécessaire, significative ou énonciative» : «cette
construction est le moyen le plus propre et le plus facile que la nature nous
ait donné pour faire connaître nos pensées par la parole». C'est, en somme,
une construction idéale qui permet de tester la rationalité des langues. Elle
peut être considérée soit comme un métalangage en langage naturel soit
comme un ensemble de phrases de base, plus ou moins artificielles, qui
conduisent à la construction de phrases dérivées.
b. une construction figurée (par ellipse, pléonasme, syllepse,
hyperbate, hellénisme, attraction). Cette construction est le résultat
d'opérations de dérivation à partir des constructions du premier type. Alors
que le français est situé largement dans le premier type, le latin est
2. Dumarsais, Exposition d'une méthode, [1722], O.C. [1797], I, 90.
3. O . C , [1797], V, 2 et la suite.
QU'ENTENDRE PAR «GRAMMAIRE TRADITIONNELLE»? 291
quasiment tout entier dans le second. Les opérations de passage permettent
d'établir toutes sortes de jeux d'équivalence intra- ou interlinguistiques.
c. une construction usuelle qui est celle du discours commun. Au prix
d'un certain nombre de modifications, on peut définir — et situer psychologiquement
et socialement — une économie de la langue de communication.
Le choix des domaines d'exemples est ici déterminant.
Pour définir un champ de concepts opératoires dans ce système de
translations à trois niveaux, Dumarsais propose de remplacer les deux relations
types de la syntaxe antérieure : concordance et rection par deux relations
logiques : identité et détermination. En outre, i l introduit la notion de
complément qui permettra de transférer le système morphologique des cas
sur un plan de fonctions sémantiques. U. Domergue proposera une analyse
des propositions par un noyau, composé du judicande, du judicateur et du
judicat, complété par des compléments : «La dénomination de complément,
puisée dans la nature des choses, trouvée enfin par Dumarsais,
adoptée et défendue par Beauzée, par Court de Gébelin semble devoir
braver la critique, sous la double égide de la raison et de l'autorité.»4
3. L'analyse. C'est surtout Condillac qui montre comment une utilisation
systématique de l'analyse permet de faire fonctionner le système. Elle met
en rapport la langue et la pensée dans leurs opérations de décomposition du
réel : «Toute langue est une méthode analytique et toute méthode analytique
est une langue», écrit Condillac en tête de La Langue des calculs.
L'analyse permet de coder le système des transferts interconstructionnels.
Les mathématiques nous en donnent un exemple remarquable :
«[L'analyse des mathématiciens] n'est autre chose que cette méthode qui,
par un premier procédé, traduit, dans une équation fondamentale, toutes
les données d'un problème; et qui, par un second, fait prendre à une équation
une suite de transformations, jusqu'à ce qu'elle devienne l'équation
finale, qui renferme la solution. C'est dire que l'analyse qu'on croit n'appartenir
qu'aux mathématiques appartient à toutes les sciences; et qu'on
analyse de la même manière dans toutes, si dans toutes on raisonne bien.»5
La distinction des constructions conduit à envisager deux types
d'analyse pour la langue : l'analyse grammaticale («faire les parties du
discours») qui repère la qualité grammaticale des mots et donc leurs
4. Domergue, [an V I I ] , 24.
5. Condillac, [1981], 194-195.
292 JEAN-CLAUDE CHEVALIER
capacités à entrer dans un discours organisé, l'analyse logique qui définit les
relations et les rapports et permet de découvrir sous tout discours une construction
naturelle et permet par ailleurs de mettre en relation d'équivalence
des éléments qui ont des formes grammaticales différentes. Ainsi l'analyse
logique définira le jeu des sujets et des prédicats et les formes grammaticales
différentes sous lesquelles ils apparaissent.
Cet exercice apparaît comme essentiel non seulement pour identifier le
fonctionnement de la langue, mais aussi les formes du raisonnement. La
grammaire est mise en correspondance avec les démarches de la rhétorique
d'une part et de l'autre avec les réalisations de la logique. Ce que marquent
triomphalement les titres des grammaires. Ainsi de celle de Lemare :
«Cours théorique et pratique de Langue française où l'on fait marcher
ensemble, sur des lignes bien distinctes, trois sortes de grammaires, celle des
faits, celle des règles et celle des causes qu'on pourrait aussi nommer grammaire
générale» ou celle de Mourier : «Grammaire française élémentaire et
raisonnée, par demandes et réponses, avec des notions de Logique et de
Rhétorique qui ont rapport à la Grammaire. Traitée d'une manière générale
et simplifiée, dans l'intention que l'étude de notre langue facilite celle particulièrement
de la langue latine».
Aussi voit-on se multiplier pour les lycées impériaux des livres d'exercices
d'analyse grammaticale et d'analyse logique. Les éditions de Lhomond
par Letellier (1805, 1811), les ouvrages de Chemin-Dupontès (à partir de
1810) apparaissent parmi les premiers exemples remarquables de cette
démarche.
4. Les relations de l'analyse grammaticale et de l'analyse logique impliquent
une élaboration approfondie du fonctionnement de la proposition,
comme le remarque Letellier :
«Les élèves ne sauraient trop s'exercer à faire de vive voix et par écrit ces
sortes de décomposition ou analyses. Elles contribuent beaucoup à faire
faire des progrès rapides dans l'étude de toutes les langues. L'analyse logique
n'est pas moins utile que l'analyse grammaticale. L'analyse logique est
l'examen de la proposition dans son ensemble. Elle considère moins les
mots que les idées.»6
Dans la fondation de la nouvelle grammaire scolaire, U . Domergue va
jouer un rôle essentiel et i l est constamment cité par ces auteurs de manuels.
6. Cité Chevalier [1985], 120.
QU'ENTENDRE PAR «GRAMMAIRE TRADITIONNELLE»? 293
Le premier point est d'identifier les propositions : «Toutes les fois que vous
prononcez la coexistence du judicande [c'est le sujet] et du judicat [c'est le
verbe], c'est une proposition.»7 Le deuxième point, d'identifier le jeu des
fonctions dans la proposition, les trois éléments de base et le ou les compléments;
tous les cas délicats sont résolus par des procédures d'équivalence
sémantique, justifiées par la théorie des trois constructions. Ainsi toujours
dans «La fausseté ne se soutient pas toujours» est un complément prochain
puisque «la phrase peut se traduire ainsi» : «La fausseté n'a pas un succès
durable»8 . La même procédure permettra d'identifier la fonction des propositions.
Ainsi dans «Voyez si vous romprez», la deuxième proposition est
un complément prochain puisque la phrase peut se réécrire en une phrase de
base : «Voyez ceci douteux vous romprez»9 . Grâce à la paraphrase et aussi
à l'ellipse, tous les éléments peuvent être ramenés à un jeu de fonctions
élémentaires, toutes les difficultés réduites à ces schémas sémantiques de
base marqués dans les définitions.
Le problème majeur est alors de définir le rôle des notions de sens, de la
logique comme on dit. Certains l'incorporent hardiment, comme Thiebault
qui justifie ainsi son titre de Grammaire philosophique :
«La Grammaire devait être nécessairement philosophique et non générale;
on devait s'y proposer de suivre dans les procédés du langage et, d'éclairer
par là, la marche, le caractère, les développements, et le perfectionnement
de la raison humaine [...]; en quoi elle s'unissait de la manière la plus intime
avec la métaphysique et la logique, pour ne plus former, avec ces deux
autres sciences qu'un seul corps de doctrine.»10
D'autres, comme Domergue, sont plus prudents et tentent de définir
une intégration de la logique à la grammaire dans le champ spécifique du
grammairien :
«L'analyse grammaticale distingue trois ou souvent quatre parties dans la
proposition et autant de propositions dans la phrase qu'il y a de fois le
judicateur, le verbe être, voilé ou sous entendu; l'analyse logique ne considère
que les grandes masses, l'analyse grammaticale entre dans le détail.
Presque aussi rapide que la pensée, la logique franchit le vain obstacle des
mots, et ne voit que la convenance et la disconvenance des mots. La grammaire,
tenant en main le flambeau de la logique, suit attentivement le
7. Domergue, [an VII], 68.
8. Id. 38.
9. Id. 51.
10. Thiebault, [1802], Int. IX.
294 JEAN-CLAUDE CHEVALIER
méandre des mots partiels; elle en examine les formes, les accidents, l'incomplétion.
La logique est la grammaire des idées, la grammaire est la logique
des mots. C'est pour n'avoir vu dans la grammaire que la logique que
Dumarsais et Beauzée n'ont pas mis assez de logique dans leurs ouvrages de
grammaire.»11
Autant dire que la logique est ramenée à des analyses de sens non contrôlées,
«conformes à la nature des choses», comme dit Domergue,
organisées par des opérations de paraphrasage et d'ellipse pas davantage
contrôlées. Ainsi Chemin-Dupontès définit le sujet «C'est ce mot qui indique
ce qui est, ou ce qui fait la chose exprimée par le verbe» et le complément
régime «C'est la personne ou la chose sur laquelle tombe l'action du
verbe».1 2 Définitions renforcées par un jeu de questions héritées de l'ancienne
rhétorique : Qui est-ce qui? Qu'est-ce que? Quoi?1 3 Amalgame de
rhétorique et de logique, cet étrange laxisme n'est sans doute pas étranger à
la décadence de la rhétorique et de la logique à cette époque.1 4
Mais i l est sans doute évident que cet appareil sommaire suffit aux besoins
du grammairien scolaire. Depuis que le latin a été rétabli dans tous ses
droits, une telle analyse permet d'opérer des translations suffisantes avec le
système des cas et le jeu des propositions dans cette langue. Toutes les grammaires
le notent.1 5 D'autre part, le dispositif autorise à analyser les discours
quels qu'ils soient et à entraîner à l'éloquence. La détermination de relations
de base et leurs dérivations permettent d'apprécier par différence les
vertus du discours éloquent qui à la fois répond aux règles et à la fois les
dépasse. Ici encore Domergue :
«Mais l'intérêt qui naît uniquement de l'esprit ne laisse pas une trace profonde;
le sentiment seul produit des effets durables. Le sentiment enrichit
la langue de la prosopopée hardie, de l'interrogation pressante, de l'humble
supplication. Mais il est encore un degré auquel doit s'élever celui qui, doué
d'un tact naturel, d'une imagination féconde, d'une sensibilité exquise
aspirait à la palme du talent, c'est l'observation, c'est le passage continuel
de la nature au modèle, des modèles à la nature.»1 6
11. Domergue [an VII], 30.
12. Chemin-Dupontès, [1810], 65.
13. Id. [1811], 3.
14. Auroux, [1980].
15. Par exemple, Mourier, [1812], I X .
16. Domergue, [an VII], 2-3.
QU'ENTENDRE PAR «GRAMMAIRE TRADITIONNELLE»? 295
Enfin, l'importance prise par l'orthographe et la ponctuation, peu à
peu fétichisées, instaure avec ces analyses un cercle vicieusement
redoutable; et inentamable.
J'espère que ces quelques lignes et citations auront fait sentir la complexité
du modèle, auront montré comment de grands systèmes profonds
comme ceux de Dumarsais ou de Beauzée ou de Condillac ont été abâtardis
à des fins scolaires ambitieuses en construisant une machine trop forte et
par là scientifiquement peu efficace. Mais i l serait injuste aussi que cette
image dégradée voile l'intérêt des prototypes dont l'influence a été déterminante
dans l'évolution de la science linguistique.
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